Je suis partie de Paris XVIIIème en 2006, avec ma fille de 18 ans sous le bras (putain, c'est lourd). Clash, divorce, abandon de cet appartement que j'aimais tellement, de l'homme que je n'aimais plus et qui me faisait peur. 

A la rue.

Mon paternel décide à cet instant précis d'aller planter des choux à la mode bretonne, et me laisse donc son appartement à Courbi. Merci Papa, tu m'as sauvé la mise.

J'arrive dans un endroit qui n'a guère changé depuis mon adolescence. Ma chambre est intacte, les murs sont turquoise et indigo, avec de grosses fleurs. La cuisine et la salle de bain sont jaunes, ma couleur détestée, leur sol est recouvert d'un linoleum antique et jaunâtre aussi (je vomis, je reviens...). Papa a laissé des meubles sombres et pesants, des trucs poussiéreux. Et ma première nuit, seule, dans le lit de mes parents, dans cette chambre décorée d'un poster de chute d'eau géante dans la montagne, avec cette énorme armoire cirée qui grince toute seule, me donne envie de me foutre en l'air. Tout de suite. Là.

Je vérifie que j'ai bien toutes les clefs. Celles de la cave. OK. Celles du séchoir, au 6ème, qui donne sur les toits. OK. Fastoche avec la clef du 6ème. On peut grimper sur le toit et hop. On se pince le nez et on fait la bombe. Pas de chlore à craindre. Résultat définitif garanti à l'arrivée.

Je vais mal.

Mais ma fille est là. Elle a voulu vivre avec moi. Ses frères sont indépendants, elle non, elle va passer son bac. Elle me pousse, sans le savoir, sans le vouloir. J'ai des devoirs envers elle. J'oublie très vite la clef du 6ème, tout en sachant, toujours, qu'elle est à disposition.

 

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